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Joseph Kasa-Vubu
President Joseph Kasa-Vubu

Joseph Kasa-Vubu

1917 - 1969

Homme d'Etat • Président RDC

Autres catégories : Bourgmestre de Dendale, premier président du Congo indépendant

Congolaise Dizi 24 mars 1917 Décès : 24 mars 1969 — Boma 8.236k vues 10 minutes et 30 secondes
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Biographie

Premier président du Congo indépendant, Joseph Kasa-Vubu occupe une place centrale dans l’histoire politique congolaise. Dirigeant de l’Alliance des Bakongo, l’ABAKO, il contribue à transformer une organisation culturelle en force politique et participe aux négociations qui conduisent à l’indépendance en 1960. Son mandat présidentiel se déroule toutefois au cœur d’une crise institutionnelle, militaire et internationale majeure. Sa rupture avec le Premier ministre Patrice Lumumba, ses rapports avec Joseph-Désiré Mobutu et ses choix durant la crise congolaise demeurent au centre de débats historiques. Son parcours associe ainsi lutte anticoloniale, construction institutionnelle, fédéralisme et décisions controversées.

  • 1954 : il prend la présidence de l’ABAKO.
  • 1956 : l’ABAKO réclame une émancipation politique rapide et l’ouverture du système colonial aux partis congolais.
  • 1957-1958 : il devient bourgmestre de Dendale, à Léopoldville.
  • 1959 : l’interdiction d’un meeting de l’ABAKO précède les émeutes du 4 janvier à Léopoldville.
  • Juin 1960 : il est élu chef de l’État par les deux chambres réunies et devient le premier président du Congo indépendant.
  • 5 septembre 1960 : il annonce la révocation du Premier ministre Patrice Lumumba, ouvrant une crise constitutionnelle.
  • 24 novembre 1965 : Mobutu le renverse et met fin à son mandat.
  • 24 mars 1969 : il meurt à Boma.

La date de naissance de Joseph Kasa-Vubu reste incertaine. Une notice de la Biographie belge d’Outre-Mer considère 1915 comme l’année la plus probable, notamment parce qu’elle est retenue par sa fille. D’autres notices ont avancé 1910, 1913 ou 1917. Il naît à Kuma-Dizi, près de Tshela, dans le Mayombe, au sein du monde kongo. La même notice le rattache au sous-groupe Yomba.

Son enfance et sa formation se déroulent dans le réseau missionnaire catholique. Baptisé sous le prénom de Joseph, il fréquente l’école de la mission de Kizu, puis le petit séminaire de Mbata-Kiela. En 1936, il est admis au grand séminaire de Kabwe, dans le Kasaï, où il suit trois années de philosophie. Il quitte le séminaire en 1939 sans accéder à la prêtrise. Les raisons de ce départ ont reçu plusieurs interprétations ; aucun reproche précis ne lui aurait été officiellement communiqué.

Après son retour au Mayombe, Kasa-Vubu exerce des activités d’enseignement et travaille brièvement dans une entreprise forestière et agricole. En 1942, il rejoint à Léopoldville le service des Finances de l’administration coloniale. Cette expérience administrative, poursuivie durant plusieurs années, lui donne une connaissance concrète du fonctionnement de l’État colonial au moment où les associations congolaises prennent une importance croissante.

Kasa-Vubu s’engage dans des organisations d’anciens élèves et de défense des intérêts congolais. En 1946, une intervention intitulée Le droit du premier occupant lui est attribuée. Selon la Biographie belge d’Outre-Mer, il y défend les droits fonciers des populations congolaises, en particulier ceux des Bakongo. Cet épisode révèle déjà l’articulation qui marquera son action : défense des intérêts kongo et contestation de l’ordre colonial.

Le 21 mars 1954, il est élu président de l’Alliance des Bakongo. Fondée quelques années auparavant autour de la langue et de la culture kikongo, l’ABAKO élargit progressivement son champ d’action. Sous la direction de Kasa-Vubu, elle devient l’une des principales forces politiques du Bas-Congo et de Léopoldville. Son projet combine affirmation culturelle, revendication politique et recherche d’une organisation fédérale du futur Congo.

En août 1956, l’ABAKO répond au Manifeste de Conscience Africaine. Le mouvement demande l’émancipation immédiate et la création de partis politiques. Les formulations exactes employées lors des réunions de l’époque varient selon les sources, mais le durcissement de la revendication indépendantiste est établi. Cette orientation contribue à installer Kasa-Vubu parmi les dirigeants les plus visibles du mouvement anticolonial congolais.

En décembre 1957, l’ABAKO obtient un important succès aux élections communales. Kasa-Vubu devient bourgmestre de Dendale et est investi le 20 avril 1958. Cette fonction lui offre une première expérience officielle de gestion locale tout en renforçant sa stature politique. Son discours d’investiture défend des élections générales et une autonomie accrue, sans que les mots exacts puissent être reproduits comme une citation authentifiée.

Le 4 janvier 1959, les autorités coloniales interdisent un meeting de l’ABAKO à Léopoldville. L’interdiction précède des émeutes qui constituent un tournant dans le processus de décolonisation. Le rôle exact de chaque acteur, le déroulement de la dispersion et le bilan humain ont fait l’objet de récits divergents. Le fait central demeure que cette crise révèle l’ampleur de la mobilisation politique et accélère la recherche d’une solution à la question congolaise.

En janvier 1960, Kasa-Vubu participe à la Table ronde politique de Bruxelles, convoquée pour préparer l’indépendance. Il dirige une délégation nationaliste, mais quitte temporairement la conférence avant d’y reprendre sa place. Ses positions fédéralistes suscitent alors des réserves chez certains nationalistes favorables à un État centralisé, tandis que son intransigeance envers la puissance coloniale inquiète les courants plus modérés.

Les élections de mai 1960 placent les partis nationalistes au cœur des nouvelles institutions. Un compromis politique se dessine : Patrice Lumumba prend la tête du gouvernement, tandis que Kasa-Vubu accède à la présidence. D’après la Biographie belge d’Outre-Mer, les deux chambres réunies l’élisent par 159 voix sur 216. Le 30 juin 1960, il devient ainsi le premier président du Congo indépendant.

La Constitution provisoire répartit l’exécutif entre un chef de l’État et un Premier ministre responsable du gouvernement. Cette architecture suppose une coopération étroite. Elle est rapidement mise à l’épreuve par les mutineries de la Force publique, les sécessions, l’intervention belge, les rivalités internes et l’entrée de la crise congolaise dans la confrontation internationale de la guerre froide.

Au début de l’indépendance, Kasa-Vubu et Lumumba effectuent ensemble plusieurs déplacements dans le contexte des troubles. Leurs divergences s’aggravent cependant pendant l’été. Le 5 septembre 1960, Kasa-Vubu annonce à la radio la révocation du Premier ministre et de plusieurs membres du gouvernement. Lumumba refuse la décision et annonce à son tour la déchéance du président.

La régularité juridique des actes réciproques est immédiatement contestée. Les ministres favorables à Lumumba reprochent notamment à l’annonce présidentielle de ne pas avoir été contresignée dans les conditions prévues par la Loi fondamentale. Le lendemain, une ordonnance est contresignée par Justin-Marie Bomboko et Albert Delvaux. La Chambre puis le Sénat tentent d’annuler les destitutions réciproques, et les chambres réunies renouvellent leur confiance au gouvernement Lumumba. La crise ne se réduit donc pas à un affrontement personnel : elle oppose également des conceptions concurrentes de la légitimité institutionnelle.

Les conclusions de la commission parlementaire belge montrent par ailleurs que des responsables belges avaient transmis à Kasa-Vubu des recommandations et des arguments en faveur de la révocation de Lumumba. Cette intervention extérieure ne suffit pas, à elle seule, à expliquer sa décision. Elle constitue toutefois un élément documenté du contexte dans lequel la rupture politique s’est produite.

Le 14 septembre, Mobutu annonce la neutralisation des deux camps et met en place le Collège des commissaires généraux. Celui-ci sollicite ensuite le patronage de Kasa-Vubu et est officiellement installé à la résidence présidentielle le 29 septembre. Le 22 novembre 1960, lors de sa 924e séance plénière, l’Assemblée générale des Nations unies adopte par 53 voix contre 24, avec 19 abstentions, la résolution 1498 (XV). Celle-ci accepte les pouvoirs de la délégation congolaise désignée par le chef de l’État et lui attribue la représentation du Congo à l’ONU. Ce vote diplomatique renforce le camp de Kasa-Vubu face à celui de Lumumba, sans constituer une élection présidentielle ni un jugement sur la légalité constitutionnelle interne des deux camps.

Le sort de Patrice Lumumba constitue la question la plus sensible de cette période. Après la mutinerie du camp Hardy, à Thysville, dans la nuit du 12 au 13 janvier 1961, les autorités de Léopoldville accélèrent la recherche d’un autre lieu de détention. Le Collège des commissaires demande le transfert le 14 janvier. Les documents analysés par la commission parlementaire belge indiquent que Kasa-Vubu donne des instructions en faveur du déplacement des prisonniers et tente, le 15 janvier, d’obtenir de Fulbert Youlou un passage par Brazzaville vers Bakwanga, au Sud-Kasaï.

Cette séquence oblige à distinguer le principe du transfert de sa destination finale. Plusieurs lieux sont envisagés, notamment Boma ou Shinkakasa, Bakwanga et Élisabethville. Le rapport des experts attribue collectivement au Collège des commissaires, à Mobutu et à Kasa-Vubu la décision d’éloigner Lumumba. En revanche, le récit d’une réunion à la résidence présidentielle qui aurait retenu Bakwanga repose notamment sur la reconstitution de Jacques Brassinne de la Buissière et demeure discuté. Jean-Marie Mutamba Makombo souligne que le procès-verbal de la réunion des 13 et 14 janvier consacrée au sort des détenus n’est pas disponible.

Le transfert du 17 janvier vers Élisabethville fut finalement organisé par les autorités congolaises de Léopoldville, avec un soutien et des interventions belges documentés. Ces éléments établissent le rôle politique et décisionnel de Kasa-Vubu dans le principe du déplacement hors de Thysville. Ils ne permettent toutefois ni de lui attribuer seul le choix final du Katanga plutôt que Bakwanga, ni d’affirmer qu’il aurait donné un ordre explicite d’assassiner Lumumba. Sa responsabilité doit donc être appréciée avec celles du Collège des commissaires, de Mobutu, des autorités belges et des dirigeants katangais.

En 1961, Kasa-Vubu participe aux conférences de Tananarive et de Coquilhatville, organisées dans la recherche d’un accord entre les différentes autorités congolaises. En août, Cyrille Adoula devient Premier ministre. La présidence retrouve alors une capacité d’action plus régulière, tandis que la fin de la sécession katangaise au début de 1963 permet d’envisager une réunification du pays.

Kasa-Vubu demeure attaché à une organisation fédérale et à une plus grande autonomie des provinces. Cette orientation cherche à concilier l’unité territoriale avec la diversité politique et régionale. Elle reste cependant difficile à stabiliser dans un État où les institutions sont fragiles, les alliances mouvantes et l’armée de plus en plus présente dans la vie politique.

Les rébellions de 1964 ouvrent une nouvelle phase de crise. Kasa-Vubu nomme Moïse Tshombe Premier ministre dans ce contexte. Cette décision relève de sa responsabilité politique de chef de l’État ; elle ne permet pas de lui attribuer automatiquement les actes militaires commis par les forces engagées contre les rébellions. Le fonctionnement des institutions se tend de nouveau à mesure que les rapports entre le président, le gouvernement et le Parlement se détériorent.

Le 13 octobre 1965, Kasa-Vubu révoque Moïse Tshombe et charge Évariste Kimba de former un nouveau gouvernement. Le formateur ne parvient pas à réunir une majorité parlementaire stable.

Le 24 novembre 1965, Mobutu prend le pouvoir, dépose Kasa-Vubu et suspend le Parlement. Ce coup d’État met fin à la Première République et à la présidence du premier chef de l’État congolais. Kasa-Vubu se retire ensuite de la vie politique. Il meurt à Boma le 24 mars 1969. La Biographie belge d’Outre-Mer attribue son décès à une hémorragie cérébrale ; faute de document médical primaire dans le dossier, cette précision doit rester attribuée à la notice.

La contribution de Kasa-Vubu se situe d’abord dans la transformation de l’ABAKO en force politique et dans l’affirmation précoce d’une souveraineté congolaise. Son fédéralisme s’enracine dans la défense des communautés et des provinces, mais il s’inscrit aussi dans la recherche d’un Congo uni. Cette combinaison explique qu’il ait pu être présenté tantôt comme un nationaliste kongo, tantôt comme un acteur de la construction nationale.

Son héritage institutionnel demeure plus difficile à apprécier. Premier président d’un État confronté dès sa naissance aux mutineries, aux sécessions, aux interventions étrangères et à la guerre froide, il exerce ses fonctions dans un cadre où l’autorité légale et le pouvoir effectif ne coïncident pas toujours. Ses alliances avec Mobutu et le Collège des commissaires renforcent temporairement sa position, mais contribuent aussi à l’installation d’un rapport de force dont Mobutu devient finalement le principal bénéficiaire.

Les jugements sur Kasa-Vubu oscillent ainsi entre reconnaissance de son rôle dans l’indépendance, attention portée aux institutions et critique de ses décisions pendant la crise Lumumba. Une lecture équilibrée doit tenir ensemble ces dimensions : le dirigeant anticolonial, le défenseur d’une structure fédérale, le premier président du pays et l’acteur d’une crise politique aux conséquences tragiques.

Joseph Kasa-Vubu appartient à la génération qui transforme les revendications culturelles et sociales congolaises en projet d’indépendance. À la tête de l’ABAKO, puis comme bourgmestre de Dendale et premier président du Congo indépendant, il participe directement à la naissance des institutions nationales. Sa présidence reste toutefois inséparable de la crise de 1960, de la rupture avec Patrice Lumumba, du rôle croissant de Mobutu et de l’intervention des puissances étrangères. Les sources établissent sa responsabilité dans plusieurs décisions politiques majeures, sans autoriser toutes les imputations personnelles formulées à son encontre. Son héritage demeure donc double : celui d’un acteur essentiel de l’émancipation congolaise et celui d’un chef d’État confronté à des choix dont les effets continuent d’alimenter la recherche et le débat historique.

Auteur(s) : Alpha Memidra Egbango

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